Partager l'article ! Le peintre Touo Lan (conte chinois): Au cœur de la montagne, parmi les ifs et les nuages, seuil l’œil perçant de l’aigl ...
Au cœur de la montagne, parmi les ifs et les nuages, seuil l’œil perçant de l’aigle et le regard attentif du tigre pouvaient discerner une simple maison de bois.
C’est là que vivait le peintre Touo Lan.
Le vieil homme sortait rarement, sauf pour gravir quelque sentier dans la montagne. Parfois il s’arrêtait, fermait les yeux et écoutait.
De temps en temps, il descendait au village ou à la ville. Il y faisait quelques provisions au marché, puis s’asseyait sur un banc. Il restait là quelques heures, immobile, et observait les gens.
Il rentrait chez lui. Il disposait sur la table ses pinceaux et ses encres, et se mettait à dessiner sur une feuille de papier ou de soie. Son travail l’absorbait jusqu’au soir.
Il dessinait chaque jour sept visages. A la fin de la semaine, il disposait sept fois sept visages sur le sol. Il les contemplait longuement et secrètement se réjouissait. Ainsi s’écoulait la vie de Touo Lan, dont l’harmonie avait suspendu le temps.
Or, une nuit d’hiver, il entend frapper à sa porte.
C’est
Confuse, elle doute soudain et n’ose plus emporter le vieillard. Elle s’éloigne discrètement et remonte au ciel. Elle raconte sa déconvenue au roi des cieux. « Diables, dit Dieu. Un mortel capable d’intimider
Le roi de cieux contemple la silhouette chétive et sans ombre qui s’incline devant lui. « Tu n’as jamais peint que des visages, pourquoi ? » « Parce que, répond Touo Lan, les visages sont les plus beaux paysages du monde ».
Alors le roi entraîne Touo Lan dans un endroit où luit une lumière inconnue. « Désormais tu vivras ici, près de la source de Vie. Tu peindras des visages. Tu en choisiras un, chaque fois qu’un enfant naîtra sur terre, et tu le lui donneras ».
Tel est, tel sera jusqu’à la fin des temps, le travail de Touo Lan.
Cependant, certains esprits chuchotent que Touo Lan triche parfois et garde certains de ses plus beaux dessins pour lui… et que le dieu des cieux ferme les yeux.